Pygmées et Bantous, deux mondes différents

Deux peuples aux mœurs assez différentes vivent dans l’Ogooué Ivindo. Les uns, les Pygmées étaient à l’origine, nomades, alors que les Bantous (qui se disent Bato, les gens en Kota et Mahongwè, et moto, la personne), se sont sédentarisés après une période d’expansion entamée il y a 4000 ans selon le linguiste américain Joseph Greenberg connu pour ses recherches sur la typologie et la linguistique. Même si avec les brassages, un semblant de mélange s’est opéré, il n’en demeure pas moins que certaines caractéristiques physiques permettent de distinguer les deux groupes de populations. Alors que chez les Pygmées, la taille moyenne chez les hommes est de moins de 1m 60 et autour de 1m 50, chez les femmes, chez les Bantous, ces moyennes tournent respectivement autour de 1m 70 et 1m 60, même si, on rencontre certains individus bantous, comme dans d’autres peuples, qui ont des tailles avoisinant les moyennes de celles des Pygmées, il n’est cependant pas rare de rencontrer des Bantous qui atteignent 1m 80, 90 ou 2m, ce qui n’est encore jamais arrivé chez les Pygmées.
Se limiter à ces différences physiques, serait réducteur. Du point de vue du mode de vie, les Pygmées ont un mode de vie très sain et surtout écologique. Il ne prélève de la forêt que ce qui est nécessaire à leur subsistance. Ils sont également un formidable vivier de connaissances sur la pharmacopée, qui, si on n’y prend garde, disparaîtra sans en profiter à l’ensemble de l’humanité. Il faut aussi noter que leur rencontre avec les Bantous ne s’est pas faite sans heurts. Aujourd’hui, les populations pygmées, à cause des humiliations et du manque de considération qu’elles subissent, mais surtout en raison de l’attrait de la vie moderne, commencent à délaisser le mode de vie de leurs ancêtres pour imiter leurs voisins. Seulement, dans ce processus, il n’y a pas véritablement d’échanges. L’humanité gagnerait à se mettre à l’école des Pygmées, en se mettant dans la position de l’élève devant le maître, parce que ces « petits hommes » ont beaucoup à nous enseigner.

Les Pygmées ou Koyas

D’après les recherches de Sylvie Le BOMIN et Jean-Émile MBOTKoya est le terme utilisé par les différents groupes ngom pour désigner les populations qu’ils identifient comme pygmées. C’est également le terme par lequel les Pygmées installés dans la province de l’Ogooué-Ivindo se dénomment et c’est par cette appellation qu’ils sont connus dans la littérature. Ils se retrouvent également au Congo voisin jusqu’à une soixantaine de kilomètres de la frontière. Ils se répartissent sur deux axes routiers à partir de la préfecture de Mékambo, en direction de Mazingo d’une part et d’Ekata d’autre part. Ils résident dans des villages qui leur sont propres ou dans des villages mixtes avec un ensemble variable de populations (Ngom, Mwesa, Mahongwé, Kota, Kwélé). Le nom endogène générique des populations couramment appelées Akele est ngom.

Il faut noter que chez les Kotas, mahongwè, et probablement dans bon nombre d’ethnies de la province, le mot pour désigner les populations pygmées est Nkola, assez proche phonétiquement du terme utilisé par les deux chercheurs.

À une époque qu’il nous est difficile de déterminer, mais que nous situons à la fin du XIXème siècle, les Koya ont emprunté aux Ngom un grand nombre de leurs traits culturels, tels que les groupes de filiation et la langue. Par ailleurs, un certain nombre d’entre eux parlent également les langues de leurs autres voisins, bien que celles-ci n’appartiennent pas au même groupe linguistique que le leur. Selon Cabrol (1960), les Koya de l’axe Mekambo-Mazingo (canton de Djoua) n’auraient pas la même origine géographique que ceux de l’axe Mekambo-Ekata (canton de la Loue) :
Ils [Les Koya du canton de Djoua] viennent de la forêt au nord de la route de Mekambo à Magoumbi et des environs des sources de la rivière Djoua. Ils seraient venus dans cette région à la suite des Bongoms émigrés de la Ngounié. Leur origine est, par conséquent, totalement différente de celle des deux villages pygmées du canton de la Loue. Les Bongoms auraient quitté la Ngounié (région voisine de Mouila) à la suite de la guerre des Poupou, dont la date n’a pu être précisée. L’itinéraire suivi serait celui-ci : Mbigou, Mouila, Koulamoutou. Mais les clans auxquels se réfèrent les Pygmées sont des clans d’origine Bongom, celui des Samoïdi (village de Magoumbi 1 et Alouna) et des Samalolo (village de Bialola et oyemba).

Répartition des pygmées dans le département de la Zadié

Les Bantous

C’est l’une des populations les plus répandues en Afrique au sud du Sahara. Les Bantous sont un ensemble de populations qui ont en commun des caractéristiques physiques et des langues apparentées. Le peuple Bantou est composé de plus de 450 langues sur le continent, du Cameroun aux Comores et du Soudan à l’Afrique du Sud. D’après ses recherches, Joseph Grenberg situerait les premières migrations bantoues vers environ 1500 avant JC. Elles seraient parties de la région des grands lacs. Les populations se seraient dispersées à travers l’Afrique centrale, de l’ouest et australe, occupant peu à peu les zones où on les rencontre aujourd’hui.

 

Au Gabon, la population est composée de près de 50 groupes ethniques bantous. L’Ogooué Ivindo est comme nous le disions précédemment, un melting-pot de populations. Mais nous y reviendrons dans la rubrique consacrée aux ethnies de la province. Nous pouvons voir à travers les photos ci-dessous que les maisons bantoues en terre séchée, n’ont rien à voir avec les cases (précaires) de feuilles de leurs voisins. En, outre, où que vous alliez au Gabon vous verrez que les villages bantous obéissent tous à une même organisation géographique : les cases sont bâties de part et d’autre de la route qui semble diviser le village en deux parties symétriques. Vous ne verrez jamais une route qui ne traverse pas un village ou qui passe derrière les cases.

Répartition des pygmées dans le département de la Zadié