Découvrir nos contes et légendes
Au village, sous le clair de lune, le soir au coin du feu, ma grand-mère nous contait des histoires pour nous divertir ou pour nous éduquer. Tous les enfants étaient captivés, ils ne répondaient qu’au moment précis ou la conteuse experte le leur demandait en disant par exemple Zambé djo et l’assistance de répondre djo. Je n’ai jamais su ce que cela signifiait. Je supposais à l’époque que c’était pour vérifier si nous suivions le fil de l’histoire. Lors des excursions forestières, un oncle partageait parfois sa sagesse en enseignant des proverbes comme « EKo ya boho ya bwèzè iyoko, ya mbiya ya kwa botchengou » (si le premier pied est blessé, le second devient prudent).
Un grand-père assoupi dans sa chaise, vêtu de peau, tenant un balai en tiges de palmier, peut vous inviter à retirer ses chiques ou à écouter l’histoire de votre clan et apprendre des mots significatifs comme « Bodjanga ». Cela se passe aussi dans le Mbaza, Mbandja dans d’autres provinces, case des hommes construite à l’aide des planches de Béfana, bois particulièrement prisé pour la construction de ces bâtisses.
Vous trouverez sur cette page des contes en version audio et en langue vernaculaire. Plus tard, nous en proposerons des versions en Français et en Anglais. Allez, abreuvez-vous de la sagesse africaine!
Contes et Légendes
Quelques proverbes :
Koula a béti ou ko na pizo a madoukou: Si le gorille grimpe aux arbres c'est grâce à la force de ses épaules, cela signifie en substance qu'avant toute entreprise, il faut s'assurer d'avoir les moyens d'atteindre ses objectifs.
Ba fé bibongo, ba halé bé hiyo: les poissons qui tournent aux abords des rivières sont les plus difficiles à attraper, ils finissent les appâts des pêcheurs et s'échappent. La perspective d'une victoire proche ou d'un gain illusoire fait dépenser beaucoup de temps et d'argent à celui qui espère remporter le gros lot. Ce proverbe est souvent utilisé pour mettre les hommes en garde contre des aguicheuses pour qui ils dépenseront beaucoup dans l'espoir d'obtenir leurs faveurs.
Ngangwouè na mwana, mouélé nipiyo, hanyi ndéka kwéya: La mère et l'enfant sont comme l'arbre et l'écorce. Or il est de notoriété publique qu'il ne faut jamais mettre son doigt entre l'arbre et l'écorce.
Mwadji na momi, mouélé nipiyo, hanyi ndéka kwéya: mari et femme sont comme l'arbre et l'écorce, ne jamais y mettre le doigt. Tout comme il ne faut pas se mêler des problèmes entre une mère et son enfant, il ne faut pas non plus mettre son nez dans des disputes de couples car une fois réconciliés c'est contre vous qu'ils se retourneront.
La veuve et ses enfants :
Il était une fois, il y a longtemps, dans un village lointain, vivait dans une petite case, une pauvre veuve. Elle vivait à l'écart du village avec ses 4 enfants. Elle arrivait à nourrir ses enfants avec ses champs. À la même époque, un groupe de brigands sévissait dans la région. Un soir alors que la pauvre veuve s'apprêtait à faire à manger à ses enfants, des étrangers arrivèrent dans sa cour. Elle sortit à leur rencontre. Ils étaient trois avec des mines patibulaires et armées de sabres et de sagaies.
Elle avait déjà compris à qui elle avait affaire. Elle se mit à gronder ses enfants "Vous aussi, les enfants là, nous avons des invités et vous êtes assis ainsi ! Allez me chercher du bois pour faire à manger à nos invités".
Alors que l'un des enfants voulait se lever pour aller chercher du bois, celui qui semblait être le chef de bande, se leva et dit "qu'un seul enfant aille !". La veuve appela son premier fils Ewèlè, "Va mon fils, chercher du bois !" L'enfant, capricieux et désobéissant refusa. La mère supplia, l'enfant intransigeant, refusa net prétextant qu'il était trop fatigué. Tu n'as qu'à envoyer Ibazalangoye, c'est mon petit frère non ! Répondit-il à sa mère. La mère insista presque en suppliant le garçon, celui-ci n'en démordait pas. Elle dut se résoudre à demander à sa fille aînée d'aller à la place de l'enfant désobéissant. Celle-ci s'exécuta après avoir échangé un regard complice avec sa mère.
Cela faisait déjà une demi-heure que la jeune fille était partie. La mère ne la voyant pas revenir, embarrassée, alla trouver ses "invités" pour leur demander la permission d'envoyer un autre enfant à la rencontre de la première. Mais qu'ils se dépêchent, nous commençons à avoir faim, répondit le chef. La veuve demanda à nouveau à son fils d'aller chercher du bois et retrouver sa sœur, le garçon refusa une fois de plus. La mort dans l'âme, elle demanda à son fils cadet d'aller à la rencontre de sa sœur. Il partit sur le champ.
Le feu sur lequel la veuve avait posé une grande marmite commençait à s'éteindre, faute de bois et cela faisait un bon moment que le garçon était parti à la rencontre de sa sœur. Lui non plus, ne revenait pas. Elle demanda alors à sa dernière fille d'aller à la rencontre de ses aînés, non sans avoir supplié son premier garçon d'y aller. Il avait encore refusé. La cadette de la famille prit elle aussi le chemin des bois que les autres avaient emprunté avant elle. L'un des invités qui gardait la voie qui menait au village lui lançant un regard effrayant quand elle passa devant lui.
Au bout d'un moment, ne voyant revenir aucun des enfants qu'elle avait envoyé, plus gênée qu'inquiète, demanda encore une fois à l'enfant resté avec elle d'aller chercher ses cadets. Il eut la même réaction que les fois précédentes vraiment, les enfants là, ils sont certainement en train de jouer, alors que nous avons des invités! Quand ils sont ensemble, ils oublient qu'il y a des choses plus importantes que leurs jeux s'excusa-t-elle auprès des hommes qui buvaient du vin de palme qu'ils avaient apporté. Voyant que son fils refusait toujours d'aller à la rencontre de ses frères, malgré ses supplications et ses clins d'œil, la dame se leva et pour aller elle-même à la rencontre des enfants qu'elle avait envoyée.
Voyant que ni la dame, ni aucun des enfants ne revenaient, les hommes, entrèrent dans la cuisine où le garçon désobéissant était tranquillement assis au coin du feu qui s'éteignait peu à peu. Quelle ne fut pas la surprise des brigands quand, soulevant le couvercle de la grande marmite qui était sur le feu, ils ne virent que de l'eau et de la vapeur. Fous de rage, ils renversèrent la marmite. L'un d’eux prit le garçon par le collet, alors que les autres commencèrent à courir dans la direction où la veuve et ses enfants étaient partis. Il était trop tard !
Ayant deviné à leur attitude qui ils étaient vraiment, la brave dame avait fait signe à chacun de ses enfants de s'enfuir, sous prétexte d'aller chercher du bois pour le repas. Son fils désobéissant n'avait pas suivi. Quand elle eut rejoint ses enfants dans la forêt, elle les mena au village par un chemin détourné, puis alerta les hommes.
Quand les villageois, armés et en nombre, arrivèrent chez la veuve accompagnée de cette dernière, ils trouvèrent sa cuisine saccagée, les assiettes cassées, les marmites renversées, et, dans un coin de la cuisine, le corps du jeune garçon. Il avait été roué de coups, puis ses agresseurs lui avaient brisé la nuque avant de disparaître dans la nuit, tels des spectres.
L'enseignement de cette histoire est reflété dans le proverbe Kota qui énonce "Mwana a haki pwaka mboui, yokaka hangwouè na ngnangwouè", signifiant littéralement: "L'enfant qui aspire à vivre jusqu'à un âge avancé avec une chevelure blanche doit écouter et appliquer les conseils parentaux". Que ceux dotés d'oreilles écoutent!
